L’avenir de l’Homme, c’est le pois chiche – LMB #22

2016 a été déclarée année internationale des légumineuses par la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Alors pour faire mon rebelle, jme suis dit que j’allais attendre l’année 2017 pour en parler un peu.

Les légumineuses, c’est ces trucs qu’on mange quand on en a marre des pâtes et du riz : les lentilles, les haricots, les pois chiches, les pois cassés, etc. C’est pas la définition des biologistes mais au moins vous voyez de quoi je parle. Et si on les a mises à l’honneur en 2016, c’est parce qu’elles pourraient bien rendre prochainement de très grands services à l’humanité. D’abord pour la nourrir, parce qu’on aura quand même 9 à 10 milliards de bouches à nourrir d’ici 2050. Au-delà de la quantité de nourriture à produire, il faut essayer d’avoir une alimentation équilibrée, et notamment une alimentation avec assez de protéines. Quand on parle protéines, on pense tout de suite à la viande ou aux produits laitiers, mais dans beaucoup de pays ce sont des produits coûteux à obtenir. Qu’il n’est pas possible de stocker longtemps. Et puis les sécheresses et les conditions climatiques peuvent empêcher la production de viande certaines années. Les légumineuses résolvent tous ces problèmes : elles sont bourrées de protéines, elles poussent avec peu d’eau, elles sont très variées ce qui fait qu’on trouve toujours une espèce adaptée au climat d’un pays, elles peuvent être stockées pendant de très longues périodes… Et puis elles sont riches en glucides, en vitamines, en fibre, en calcium, en Fer, peu riches en graisses… bref, vous avez compris, les légumineuses c’est bien. Leur seul ptit bémol c’est que leurs protéines ne contiennent pas tous les acides aminés nécessaires au corps humain, donc le mieux ça reste de compléter la consommation de légumineuses avec des céréales parce que les céréales contiennent les acides aminés que les légumineuses n’ont pas.

Et l’association entre légumineuses et céréales n’est pas que bonne dans l’assiette, elle est bonne aussi pour les cultures. Peut-être que demain, en vous baladant à la campagne, au lieu de voir de grandes étendues de blé vous verrez des mélanges de légumineuses et de céréales qui poussent dans le même champ. Parce que les légumineuses ont la capacité de récupérer l’azote présent dans l’air et de le relâcher ensuite dans le sol, ce qui est bénéfique pour les autres plantes qui poussent à côté. Ce qui veut dire aussi qu’on a besoin de moins utiliser d’engrais de synthèse à côté. C’est le deuxième gros avantage des légumineuses, en plus qu’elles soient bonnes et pratiques pour nourrir l’Homme, elles sont bonnes pour l’environnement. Produire 1 kg de protéines avec des légumineuses demande beaucoup moins d’eau que produire 1kg de protéines en élevant du bétail. Les légumineuses demandent aussi moins de surface pour pousser qu’on en a besoin pour élever du bétail, et donc ça veut dire moins de déforestation. Et comme elles sont très diverses, ça sera plus facile d’en trouver une espèce qui résiste aux changements climatiques.

Si vous êtes végétalien ou végétarien, enceinte ou intolérant au gluten, les légumineuses vous concernent particulièrement. Pour les végétariens, l’avantage c’est évidemment toutes les protéines qu’elles contiennent, pour les femmes enceintes, l’avantage c’est leur forte teneur en Fer (à condition de les consommer avec de la vitamine C pour aider à l’absorption du Fer), et pour les personnes intolérantes au gluten bah… c’est le fait que les légumineuses ne contiennent pas de gluten. Mais même si vous ne faites pas partie de ces trois catégories, tous les avantages nutritionnels et environnementaux des légumineuses devraient vous faire réfléchir à les intégrer à votre alimentation plus souvent. Dernière chose, si vous venez d’une famille adepte de la saucisse-frite à tous les repas et que vous ne savez pas comment amener le sujet à table, sachez que les cacahuètes sont aussi des légumineuses ! Beaucoup plus riches en graisses que la plupart des légumineuses certes, mais tout de même relativement bonnes pour la santé… quand elles ne sont pas grillées et salées bien sûr.

Dessin : Floma

Musique :
Sources déjà vulgarisées :
 
Avant tout, le site de la FAO, très complet : http://www.fao.org/pulses-2016/fr/
Des billets de blog où vous trouverez toutes les références que vous voulez pour aller encore plus loin :

Avez-vous une mémoire de poisson rouge ?” – feat Linda Cerqueda – LMB #21

C’est un cliché connu : le poisson rouge regarde autour de lui, fait un petit tour de bocal et… oublie qu’il est déjà passé par là, sa mémoire n’allant pas plus loin que quelques secondes en arrière. C’est un grand malheur, parce que le poisson est condamné à revivre tout le temps la même chose, mais c’est aussi un grand bonheur, parce que du coup il s’ennuie jamais. Ou du moins c’est ce qu’on aimerait bien nous faire croire. Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce qu’on peut légitimement vous accuser d’avoir une mémoire de poisson rouge quand vous oubliez ce qu’on vient de vous dire, ou quand vous oubliez ce que vous êtes venu·e faire dans une pièce ?

Si vous faites une rapide recherche sur internet, vous tomberez sur une étude largement reprise par les médias qui montre que des poissons rouges entraînés à appuyer sur un levier pour obtenir de la nourriture peuvent se souvenir de l’heure à laquelle il faut appuyer pendant… plusieurs jours. Une autre étude montre que encore 24h après avoir reçu des décharges électriques dans une zone de leur aquarium, les poissons rouges évitent toujours cette zone. C’est déjà pas mal, mais c’est à peu près tout ce qu’on a en termes d’études sur le poisson rouge, Carassius auratus, parce que c’est pas le poisson préféré des chercheurs pour faire des expériences. Par contre, si on ne se limite plus à cette espèce, on trouve beaucoup plus d’expériences sur la mémoire des poissons. En voilà trois de mes préférées.

D’abord, chez les poissons gobies. Les poissons gobies vivent dans la mer et ils peuvent se retrouver bloqués dans des flaques à marée basse. Des chercheurs ont montré que pour s’échapper, ces poissons sont capables de sauter d’une flaque à l’autre sans même voir la flaque dans laquelle ils vont retomber au moment où ils sautent ! Comment ils font alors pour toujours retomber dans une flaque et pas s’échouer lamentablement sur un banc de sable ? Et bien ils inspectent la topographie des fonds marins à marée haute et ils retiennent l’emplacement des creux dans le sable, information dont ils se resservent ensuite à marée basse. Un gobie qui est transféré dans un territoire qu’il n’a jamais inspecté à marée haute ne se mettra jamais à sauter pour essayer de s’échapper ! Et le mieux dans cette histoire, c’est qu’on a montré que cette mémoire des emplacements des trous de sable dure pendant plus de 40 jours !

Autre poisson, le poisson-clown. Le poisson-clown à deux bandes vit en permanence sous la protection d’une anémone, un animal aux tentacules urticantes qui vit tout le temps accroché au fond de l’eau. Les poissons-clowns sont très attachés à leur anémone et très dépendants d’elle. Et bien un chercheur s’est amusé à capturer des poissons-clowns et à les relâcher six mois plus tard à proximité de leur anémone, mais sans qu’elle soit visible directement. Les poissons-clowns se sont immédiatement mis à nager vers leur anémone chérie, ce qui veut dire qu’ils ont conservé la mémoire de son emplacement pendant au moins six mois !

Ces deux expériences dont je viens de vous parler sont impressionnantes mais elles concernent uniquement la mémoire spatiale à long terme des poissons, ça ne nous dit rien sur la mémoire à court terme des poissons, la mémoire qui pourrait être utilisée en tournant dans un bocal. Mais en 1975, Fricke étudie combien de temps un poisson baliste peut se rappeler d’un morceau de nourriture qu’on cache devant ses yeux. Pendant plus de 3 minutes, le poisson fouille et farfouille à l’endroit où on a caché la nourriture, ce qui veut dire que sa mémoire à court terme dure probablement au moins trois minutes. Pour comparaison, la même expérience a été faite avec des chiens et des chevaux. Les chiens se rappellent de la cache pendant plus d’une heure, par contre les chevaux s’en désinteressent après seulement 6 secondes, bien avant les 3 minutes des poissons donc.

En conclusion, la mémoire de 3s des poissons rouges et des poissons en général est un mythe. Mais attention quand même à ne pas mettre toutes les espèces de poisson dans le même panier (ou plutôt la même nasse ha ha), et attention à distinguer les différents types de mémoire : comme les humains, les poissons peuvent avoir une très bonne mémoire pour se rappeler de certaines choses et pas d’autres (par exemple se rappeler des lieux mais pas des autres poissons qu’ils croisent, etc). Quant à vous expliquer pourquoi vous, vous oubliez parfois ce que vous êtes venu chercher dans le frigo… ça nécessiterait une vidéo entière, et ça sera donc pour une prochaine fois !

Sources :

– étude de Gee : les poissons rouges apprennent à ne pousser un levier qu’à certaines heures https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1334363/
– les poissons rouges vont éviter les endroits d’aquarium où ils ont reçu une décharge : http://www.appliedanimalbehaviour.com/article/S0168-1591(05)00180-2/abstract
– association entre un son et de la nourriture (pas chez le poisson rouge) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21366576
– étude du poisson clown et de sa mémoire de l’emplacement de son anémone : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1439-0310.1974.tb02135.x/abstract
– étude de la mémoire à court terme des poissons balistes : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1439-0310.1975.tb01989.x/abstract
(je n’ai pas lu ces trois dernières publications qui sont en allemand, mais je les ai vues citées dans une revue en laquelle j’ai suffisamment confiance pour vous les présenter. Cette revue est celle-là : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11957395 )
Musique : Rita’s tune par Pepe Frias

Un arbre de Noël pas comme les autres – LMB #20

À votre avis, c’est quoi ce truc ? Des plumes de paon ? Une pomme de pin colorée ? Un jouet pour chien ? Rien de tout ça, il s’agit d’un ver. Oui un ver, un ver marin, le spirobranche, Spirobranchus giganteus pour être précis. Qu’on appelle aussi… le ver arbre de Noël !

Un peu difficile à croire que c’est un ver, mais c’est parce que vous ne voyez que la partie émergée de l’iceberg, si on peut parler ainsi d’un ver qui vit sous l’eau. Le ver est en fait à moitié enterré dans le corail : si on faisait une coupe, voilà ce qu’on verrait. Cette partie contient l’appareil digestif, l’appareil circulatoire et le système nerveux, et ces deux structures étonnantes sont en fait des spirales qui l’aident à se nourrir : les cils qu’on trouve sur ces spirales vont attraper et rediriger le phytoplancton jusqu’à la bouche du ver. Mais ces spirales sont aussi des branchies, qui servent à respirer. En gros, c’est un peu comme si vous vous enterriez dans le sable en ne laissant dépasser que vos poumons et votre langue, en espérant attraper les burgers qui volent autour. Une stratégie d’alimentation comme une autre.

En cas de danger, les spirales peuvent se rétracter à toute vitesse, et le spirobranche s’enferme alors dans son trou en le bouchant d’un opercule. Il recommence à sortir, tout doucement, une minute plus tard. Le corail sert donc de protection et de logement au ver, mais le ver paye son loyer, car il aide à éloigner certaines étoiles de mer qui se nourrissent des coraux. Et j’imagine que vous aurez deviné pourquoi on appelle ce ver le ver arbre de Noël. En plus d’avoir la forme d’un sapin, les panaches des spirobranches peuvent être rouges, oranges, bleus, jaunes, ou multicolores, ce qui fait qu’ils ressemblent encore plus à un sapin.

Le spirobranche vit assez longtemps pour un ver, jusqu’à 40 ans. On a compris il n’y a pas très longtemps qu’en fait, tous les vers arbre de Noël n’appartiennent pas à la même espèce. Ils appartiennent à un ensemble d’espèces apparentées très difficiles à différencier à l’oeil nu. Côté reproduction, ce ver se reproduit en balançant ses gamètes dans l’eau, au ptit bonheur la chance, en espérant que les courants se chargent de leur faire rencontrer des gamètes du sexe opposé. Les larves résultants de ces unions chanceuses flottent ensuite à nouveau dans les courants, puis après maturation elles deviennent capables de nager à la vitesse faramineuse de 5 m par heure. C’est quand même pratique parce que ça leur permet de choisir le corail sur lequel elles vont se poser et passer toute leur vie, car rappelez-vous que le ver arbre de Noël ne bouge plus de son trou une fois qu’il s’est fixé. Un peu comme certaines personnes que je connais, mais bon c’est une autre histoire. Dès qu’elles se sont posées, les larves se mettent à sécréter un tube calcaire tout autour d’elles et stimulent en même temps la croissance du corail, pour s’assurer une protection maximale.

Voilà en gros ce qu’il y a à dire sur ce petit ver. Ha si quand même, dernière anecdote, si vous êtes amateurs de cinéma, peut-être que ces vers vous rappellent quelque chose sans trop savoir quoi. Et bien sachez que James Cameron, qui est un grand amateur de plongée, s’en est inspiré pour créer les plantes d’Avatar. Et il a même poussé la ressemblance jusqu’à les faire se rétracter à toute vitesse quand on les touche. Le petit ver qui ne paye pas de mine est donc indirectement présent dans le plus gros succès de toute l’histoire du cinéma. Je serais lui, je demanderais quelques euros de droits à notre cher ami James.

DESSIN : Floma
Musique : Rita’s tune par Pepe Frias

SOURCES :

“Faune de l’empire français” : http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers14-07/16144.pdf
Un vieux bouquin : https://books.google.fr/books/about/Polychaetes_Allies.html?id=Rin4l7QZ1YEC&redir_esc=y
Un excellent résumé : https://sta.uwi.edu/fst/lifesciences/documents/Spirobranchus_giganteus.pdf
Sur la nage : https://books.google.fr/books?id=fPUdxCqI6m4C&pg=PA74&dq=Spirobranchus+giganteus&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=Spirobranchus%20giganteus&f=false
Sur la relation de mutualisme avec les coraux : http://www.int-res.com/articles/meps/32/m032p307.pdf?pagewanted=all
Sur l’âge des bestioles : https://www.jstage.jst.go.jp/article/fishsci1994/62/3/62_3_400/_pdf
Infos vulgarisées :
http://ssaft.com/Blog/dotclear/?post/2010/08/12/Morphologic-le-crabe-fleuriste-et-le-ver-arbre-de-noel
http://www.advancedaquarist.com/2002/9/inverts
https://fr.wikipedia.org/wiki/Spirobranchus_giganteus
http://marinebio.org/species.asp?id=543
Sur Avatar : https://books.google.fr/books?id=An6OiGS1jywC&pg=PT126&lpg=PT126&dq=spirobranchus+avatar&source=bl&ots=KWpx6prFZZ&sig=4WghVqLdll3C2ECsjr39Y36Gb94&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwjc1byIjYrRAhVHuBQKHYS3Dbc4ChDoAQgcMAA#v=onepage&q=spirobranchus%20avatar&f=false
http://www.leisurepro.com/blog/featured/james-camerons-love-for-scuba-diving-shows-in-avatar/

Où sont vos parties du corps ? L’hétérotopagnosie – LMB #19

Vous êtes médecin, et on vous présente M. H, un patient au problème très bizarre : il aurait du mal à pointer du doigt certaines parties du corps humain. Pas du genre à tout gober, vous lui faites faire quelques tests. Vous demandez à M. H de pointer du doigt votre nez. M H lève la main doucement vers vous mais pointe finalement le doigt vers… son propre nez. Vous recommencez l’expérience une 2e fois, même résultat. Vous recommencez l’expérience dix fois, 100 fois, en changeant la partie du corps à pointer. À chaque fois même résultat : M. H montre ses propres parties du corps à la place des vôtres. Parfois, il ajoute un commentaire étrange comme “votre nez se trouve derrière mon nez”. Et vous sentez qu’il n’est pas en train de se foutre de votre gueule : à chaque réponse, il devient de plus en plus mal à l’aise et anxieux. Vous décidez de faire quelques tests en plus pour mieux comprendre son problème.

D’abord, vous vérifiez qu’il s’agit bien d’un trouble du pointage spécifiquement. Vous demandez à M. H de nommer, et pas pointer, la partie du corps qui se trouve au milieu de votre visage : il répond “le nez”, ce qui est, vous aurez appris quelque chose, la bonne réponse. Il ne s’agit donc pas d’un problème de connaissance des noms des parties du corps. Vous demandez aussi à M. H d’attraper votre jambe : pas de problème, M. H attrape votre jambe. Il sait où est la jambe, et peut faire le geste de tendre le bras vers elle, il ne s’agit donc pas d’un trouble moteur.

Vous vérifiez ensuite qu’il s’agit bien d’un trouble du pointage des *parties du corps* et pas d’autres objets. Pour ça, vous demandez à M. H de pointer du doigt la peluche de panda sur votre bureau : pas de problème, M. H sait faire. D’ailleurs, Mr H peut montrer n’importe quel objet, qu’il soit dans la pièce, sur son corps ou même sur vous-même, comme c’est le cas de vos lunettes.

Vous vérifiez enfin qu’il s’agit d’un trouble du pointage des parties du corps *des autres* uniquement. Vous demandez donc à M. H de pointer du doigt son propre nez : aucun problème non plus pour ça.

Plus de doute possible : vous avez en face de vous une personne qui souffre d’hétérotopagnosie, un trouble aussi rare que son nom est compliqué. Ce trouble survient après une lésion dans une région du cerveau à peu près ici, à l’arrière, en haut à gauche. C’est un trouble qui a quatre spécificités. D’abord, c’est un trouble de la communication, parce que quand on montre du doigt quelque chose, on montre toujours du doigt quelque chose *à* quelqu’un. Pointer du doigt est par nature un acte communicatif, donc le trouble de M. H est un trouble de la communication. Deuxièmement, c’est un trouble de la communication *par le pointage*, pas un trouble de la communication verbale, car M. H sait nommer les parties du corps. Troisièmement, c’est un trouble de la communication par pointage des *parties du corps* uniquement, car M. H peut pointer les objets. Et quatrièmement, c’est un trouble de la communication par pointage des parties du corps “des autres” uniquement, car M. H peut pointer son propre corps.

Ce qui est formidable avec ce trouble et sa quadruple spécificité, c’est qu’il montre bien que notre cerveau fait en permanence plein de choses qu’on ne soupçonne même pas. On a des régions dans le cerveau qui sont spécialisées pour pointer du doigt les parties du corps des autres, et pas autre chose. Ce qui est fou aussi c’est comment la performance des patients atteints s’améliore plus la cible devient non-humaine : si vous demandez aux patients de pointer un homme directement, ils réussissent très rarement comme on l’a vu, 1 fois sur 10 en moyenne, mais si c’est une photo d’un homme, il réussissent plus souvent, 2 fois sur 10, si c’est une poupée ils réussissent 5 fois sur 10, et si c’est le dessin d’un homme ils réussissent à tous les coups.

Enfin, sachez que beaucoup de recherche est faite sur le pointage du doigt en psychologie, parce qu’il semble en grande partie spécifique à l’espèce humaine, et qu’il marque une étape essentielle dans le développement de nos capacités sociales. Dès l’âge de un an, les bébés pointent du doigt couramment pour attirer l’attention de leurs parents. Les enfants autistes par contre ont souvent des difficultés pour pointer même à l’âge de 18 mois, on se sert donc de ça comme d’un indice pour diagnostiquer l’autisme précocément. On a aussi remarqué que les chimpanzés ne pointent jamais du doigt dans la nature, par contre, et c’est là que ça devient intéressant, en captivité les chimpanzés se mettent à pointer du doigt, par exemple vers de la nourriture hors de leur portée pour qu’un homme vienne les aider à l’attraper. Ce qui montrerait que l’environnement social est très important pour apprendre ce geste. On n’est pas à deux doigts d’avoir tout compris sur le pointage.

 

Sources :
Littérature scientifique :
Sur le pointage chez les enfants et grands singes :

Un hybride taupe-grillon dans votre jardin (ft Vorone) (4K) – LMB #18

Si on faisait se reproduire ensemble une sauterelle, une écrevisse, une taupe et un grillon, qu’est-ce qu’on obtiendrait ? Un animal bien chelou et probablement bon pour le cirque, c’est sûr. Mais si je vous disais que cet animal existe déjà et qu’en plus de ça, il est probablement terré dans votre jardin à l’heure qu’il est ? Qu’il se cache sous la terre la journée pour ne sortir que la nuit ? Brrr… Un vrai cauchemar.

Mais ne vous inquiétez pas, la bête ne fait que 4 cm de long et est parfaitement inoffensive, sauf si vous êtes jardinier et que vous avez des légumes. Je dis “que” 4 cm de long mais c’est déjà pas mal étant donné que c’est un insecte, et un insecte qui a de la gueule. En vrai, la bête ressemble plutôt à ça : tête de sauterelle, corsage d’écrevisse, ailes de grillon et pattes de taupe.

La bête a un nom différent dans presque chaque région de France, mais les noms plus utilisés sont la courtilière, la taupe-grillon ou la taupette. Courtilière ça vient de l’ancien français courtil qui veut dire petit jardin, mais le plus intéressant c’est cette association avec la taupe, qui est reprise même dans le nom scientifique Gryllotalpa qui signifie littérallement grillon-taupe. La raison pour cette appellation saute aux yeux : la courtilière a deux énormes pattes à l’avant, qui font penser fortement à celles de la taupe, que ce soit par leur forme ou leur disposition.

En biologie, c’est ce qu’on appelle la convergence évolutive : quand deux espèces très éloignées dans l’arbre du vivant ont quand même des caractéristiques similaires parce qu’elles ont évolué dans un milieu similaire ou qu’elles ont été confrontées aux mêmes problèmes pour survivre. Ici, la taupe et la courtilière ont été confrontées au même problème de trouver le moyen le plus efficace possible pour creuser. Dans les deux espèces, la sélection naturelle a abouti à la même solution : une énorme paire de pattes puissantes à l’avant, avec des griffes imitation tractopelle.

D’ailleurs, les ressemblances avec la taupe ne s’arrêtent pas là : la courtilière creuse aussi ses terriers avec une chambre centrale et des galeries tout autour, un peu comme la taupe, et elle laisse des traînées de terre en surface qu’on dirait des reproductions miniatures de celles des taupes. Et puis la courtilière mange à peu près la même chose que la taupe : beaucoup de vers, des larves, et quelques racines qu’elle trouve sur son passage. Comme la taupe, elle n’a donc pas très bonne réputation chez les jardiniers !

Mais attention, ne traitez jamais la courtilière de mini-taupe en face, elle pourrait le prendre très mal. Je sais, j’ai essayé. Parce que contrairement à la taupe, la courtilière a de nombreux autres talents que celui de savoir faire des trous.

D’abord, elle peut voler. Avant 1933, on pensait que la courtilière ne pouvait voler que sur des petites distances, jusqu’à ce qu’on observe un vol sur un kilomètre dans le nord de la Dordogne. Le vol a généralement lieu la nuit, et en groupe, mais on sait pas trop s’il sert juste à se déplacer, à essaimer, ou à entamer une parade amoureuse.

Ensuite, la courtilière est excellente nageuse, contrairement à beaucoup d’insectes. Non seulement elle flotte comme un bouchon de liège à cause de sa grosse taille et de son revêtement qui fait glisser l’eau, mais elle se déplace avec une certaine agilité à la surface de l’eau… tout en pouvant plonger et rester immergée pendant plusieurs minutes en cas de danger !

Enfin, la courtilière peut chanter. Comme chez les grillons, le mâle donne de la voix pour attirer les femelles. Vous pouvez entendre son chant les chaudes soirées de mai et de juin dans le sud, quand ya pas de foot à la télé. Comme chez le grillon, le chant est obtenu par frottement des élytres, des espèces de petites ailes durcies qui protègent les ailes qui servent à voler. Voilà à quoi ressemble ce chant. [extrait audio] Et à l’autre bout du fil, pour écouter cette musique, des espèces de tympans sont implantés juste derrière le thorax. Un endroit un peu inhabituel, peut-être pour protéger les tympans des projections de terre quand la courtilière creuse, mais pas un endroit plus bizarre que celui des grillons qui ont leurs tympans sur… les pattes avant.

“Essayez donc de trouver une taupe qui sait nager, voler et chanter”, vous dira la courtilière si vous la traitez de taupe, en se dressant sur ses pattes arrières et en vous montrant ses poings, comme elle le fait parfois face à un agresseur, inspirée par le poster de Marcel Cerdan qu’elle a dans sa chambre. Et gaffe à la morsure de mandibules si vous insistez.

Pour finir, sachez que la courtilière est fortement menacée d’extinction dans toute la moitié nord de la France, et menacée dans une moindre mesure dans le sud-ouest de la France et autour de la Méditerranée. Et elle a pratiquement disparu au Royaume-Uni, alors qu’on l’y rencontrait presque partout au début du XXe.

FIN !

C’est une vidéo en collaboration avec l’artiste Vorone, c’est d’ailleurs lui qui a choisi le sujet ! Allez voir ses magnifiques dessins sur son site :

https://behance.net/voronegray5172
https://twitter.com/vovotg
https://www.facebook.com/voroneronov

Sources :

Deux superbes pages écrites par des passionnés, avec des citations de livres du XIXe siècle comme on les aime :
Espèces menacées en France :
En anglais :
Le chant de la courtilière vient de là : http://bio.acousti.ca/classification/gryllotalpa-gryllotalpa

La pizza (stop motion) – LMB #17

La pâte à pizza. Le gonflement que vous observez est dû à des êtres vivants, les levures, qui doivent leur nom au fait qu’elles… font lever la pâte, oui oui c’est bien trouvé. Trop contentes de quitter leur sachet Alsa après des mois d’attente dans l’armoire de la cuisine, les levures fêtent leur liberté retrouvée en fermentant tous les sucres qu’elles trouvent sur leur passage, ce qui dégage du dioxyde de carbone et fait gonfler la pâte.

Les tomates. C’est la tomate qui a grandement contribué au succès de la pizza au XVIIIe siècle, et ça n’a pas été sans mal, parce que pendant des décennies on a cru que la tomate était toxique. La faute à son appartenance à la famille des solanacées dans laquelle on trouve des plantes toxiques comme la belladone, et la faute aux aristos de l’époque qui tombaient parfois malade en mangeant des tomates : en fait, c’était le plomb de leurs assiettes qui les rendait malades, le plomb étant attaqué par l’acidité des tomates.

La mozzarella. Des scientifiques néo-zélandais ont prouvé en 2014 que la mozzarella était le fromage idéal pour la pizza : non seulement c’est un des plus élastiques, mais c’est aussi un de ceux qui brunissent le plus et forment le plus de bulles. Pour info, le gruyère fait des bulles mais ne brunit pas, et le cheddar c’est l’inverse, mais bon, faut vraiment être néo-zélandais pour mettre du cheddar sur sa pizza.

La viande. Si vous voulez que votre pizza conserve longtemps, je vous conseille d’y mettre du saucisson plutôt que du pepperoni. C’est ce qu’a fait Pizza Hut en 2001 quand ils ont livré une pizza aux cosmonautes de l’ISS, pour une gigantesque opération marketing à un million de dollars. Apparemment le pepperoni ne se conserve pas assez pour tenir le trajet jusque dans l’espace.

Le champignon de Paris. Sachez que le champignon de Paris accepte de pousser chez vous, même en appartement, et même si vous n’êtes pas un bobo écolo. C’est une des rares espèces de champignon qui se prête au jeu, donc profitez-en.

Le basilic. Le basilic, herbe royale, contient des dizaines d’huiles essentielles qui lui donne son goût et son odeur particulière. Parmi elles, l’eugénol a une application surprenante : on s’en sert pour anesthésier les poissons. Ou carrément les euthanasier, si on force la dose.

Sources :

Sur la peur des tomates :
Étude de la mozzarella :
Livraison de pizza dans l’espace :
Cultivez vos champignons de Paris :

Hello ! (feat. Moustique)

Transcription de la vidéo (à peu près) :

Salut tout le monde, moi c’est Stéphane, le type derrière les vidéos de la Main baladeuse, et ça c’est Moustique, tu dis bonjour moustique ?

J’avais envie de faire une petite vidéo rapide pour me présenter parce que ça fait déjà quelques mois que la chaîne existe et jme suis dit qu’il serait peut-être temps de se présenter et de vous faire un ptit coucou par la même occasion.

Moi je suis chercheur en biologie de l’évolution à la base, mais ça fait un moment que je fais de la vulgarisation scientifique, j’ai commencé par un blog en 2011, puis une chaîne Youtube en 2012 qui s’appelait Draw Me Why et qui reposait déjà sur le dessin accéléré, et que faute de temps j’ai dû abandonner, et maintenant que j’ai plus de temps je me relance avec la Main baladeuse. J’essaye de ne pas me limiter au niveau des sujets que j’aborde mais de trouver des sujets qui soient assez peu vulgarisés et le moins scolaires possible, donc par exemple j’aime bien parler de science derrière des objets du quotidiens, ou quand je parle de sujets plus classiques j’essaie d’adopter un angle un peu original.

J’ai fait beaucoup de vidéos en dessins pour l’instant, c’est pas que je sois un pro du dessin à la base, vous l’avez tous remarqué, mais je trouvais le format assez intéressant à exploiter pour expliquer des choses. Je vais pas me limiter aux vidéos dessinées, j’ai déjà fait des vidéos en captation réelle ou en stop motion, et je vais encore essayer de nouveaux formats à l’avenir. En fait je pense que le point commun de toutes mes vidéos ce sera juste l’apparition d’une main à l’écran qui nous montrera ce qu’est capable de créer l’espèce humaine dans toute sa diversité. Bon le problème c’est que ça prend énormément de temps de varier les formats, à chaque fois que je change de format j’ai des nouvelles choses à apprendre, donc il est possible que mon rythme de publication diminue légèrement mais ça sera au profit de la qualité et de la diversité des vidéos.

Ensuite, un truc que j’aimerais énormément faire c’est des collaborations avec des artistes. J’ai déjà fait ça dans la vidéo sur la gueule de bois ou sur les rêves lucides, le principe c’est que je contacte un ou une artiste, on décide ensemble d’un sujet, et ensuite je me déplace chez lui ou elle pour filmer son travail. Ça permet à la fois de découvrir des artistes et de produire des vidéos qui soient plus jolies. Du coup j’en profite pour lancer un appel, si vous connaissez des artistes dont vous admirez le travail, peu importe qu’ils soient connus ou non, peu importe où ils sont en France, peu importe qu’ils fassent du dessin, de la peinture, de la sculpture ou de la poterie, n’hésitez pas à laisser leur nom en commentaire ou m’envoyer un message privé.

Et la dernière chose que je voulais vous dire, c’est que je poste mes vidéos à la fois sur Youtube et sur Facebook, et je pense qu’il y a plein de gens qui ne sont pas au courant. Donc si vous êtes abonné sur Youtube mais que vous utilisez plus souvent Facebook, ou inversement, je vous mets les liens dans la description pour que vous puissiez choisir votre réseau social préféré. Et j’ai aussi commencé à poster des vidéos remixées sur Instagram, qui est une plateforme intéressante parce qu’il y a très peu de vidéos scientifiques et que les vidéos sont limitées à 1 minute, donc pareil, si vous utilisez Instagram, n’hésitez pas à jeter un oeil au compte de La main baladeuse.

Voilà c’est tout, je vous souhaite une bonne semaine et je vous dis à la prochaine. Tu dis au revoir Moustique ?

T’as conscience que t’es là uniquement pour faire rire les gens sur internet ? Tu trouves pas ta vie un peu dénuée de sens ?

Musique : Radioactive Remix par Lexblends

Pour qui s’ennuie en cours de maths – le ruban de Möbius – LMB #16

Et pour celles et ceux qui préfèrent le texte :

Et oui, c’est la rentrée… Premier cours de maths, et vous êtes bien décidé·e à essayer de piger quelque chose cette année. Malheureusement, le prof commence son cours en essayant de vous convaincre que la relation entre tangente, cosinus et sinus est la chose la plus intéressante qui, du coup vous décrochez rapidement et je vous comprends bien. Plutôt que de vous échapper par la fenêtre, voilà quelques trucs à faire pour vous échapper du cours tout en restant dans les maths.

Récupérez les notes du cours d’avant… géologie par exemple ça sera très bien, découpez une bande de papier et attachez-la en lui faisant faire un demi-tour. En deux coups de ciseaux, vous avez obtenu un objet mathématique aux propriétés remarquables, un ruban de Möbius. Imaginez que vous soyez en train de marcher sur cet objet. Le défi que je vous lance, c’est de rejoindre l’autre côté du ruban sans pour autant passer par dessus un des bords. Impossible ? Sur un ruban classique, c’est sûr. Mais regardez ce qui se passe si on suit le ruban de Möbius tout du long. On arrive de l’autre côté, tout simplement parce que le ruban de Möbius n’a qu’une face ! Si on continue la route, on retombe d’ailleurs sur le point de départ. Vous avez dans les mains un objet qui a l’air d’avoir deux faces comme toute feuille de papier normale et pourtant, ces deux faces sont les mêmes ! D’ailleurs, le ruban n’a pas qu’une seule face mais il n’a aussi qu’un seul bord. Ce bord-là et celui-là sont les mêmes. On peut le vérifier facilement en suivant tout le temps le même bord : on arrive au bord d’en face sans avoir jamais levé le doigt.

Ça, c’est un message de votre pote Alex, qui a l’air d’être aussi attentif que vous au cours. Pas question de recréer un ruban du début, on va plutôt découper celui-là en deux. OK, c’est raté… C’est quoi cet objet qui même coupé en deux reste en un seul morceau. Et si on essayait de le recouper encore. OK, on a bien deux rubans distincts, mais… emmêlés l’un dans l’autre. Vous pouvez essayer de couper un ruban de Möbius en deux, en trois, et en faisant varier le nombre de demis-tours du ruban. C’est extrêmement dur de prévoir de prévoir ce que vous allez obtenir. Tant pis, Alex se passera de ruban.

Et le ruban de Möbius n’est pas qu’un truc de matheux pour faire passer les cours plus vite. Il a des applications très concrètes puisqu’on s’en est servi pour construire les tapis roulants des bagages dans les aéroports. L’avantage des rubans de Möbius c’est que comme ils n’ont qu’une face, ils vont s’user uniformément au cours du temps, alors qu’avec un ruban normal, seule la face au contact des roues s’use. On retrouve aussi beaucoup le ruban de Möbius dans l’art, la représentation la plus connue est celle-ci, de Mauritz Cornelius Escher. Et Jean-Sébastien Bach a même écrit une musique hypnotique qui pourrait être interprétée comme étant écrite sur une partition en forme de ruban de Moebius.

Hmm décidément tout le monde a flashé sur les rubans de Möbius aujourd’hui. Mais comme c’est un message de votre dernière conquête assise juste derrière vous, est-ce qu’on pourrait pas lui faire un truc un peu plus original ? Récréez un ruban de Möbius, puis un deuxième que vous allez faire tourner dans le sens contraire du précédent. C’est à dire, si vous aviez tourné à droite avant de coller pour créer le premier, tournez maintenant à gauche. Puis agrafez les deux rubans à angle droit l’un sur l’autre, et envoyez-lui ça avec une paire de ciseaux en lui demandant de découper au milieu. Trop mignon… C’est pas souvent que vous aurez l’occasion d’être romantique grâce aux maths, alors profitez de votre instant de gloire…

Merci d’avoir regardé cette vidéo, si elle vous a plu, n’hésitez pas à en regarder une autre, et n’hésitez pas à vous abonner pour être tenu au courant des prochaines vidéos. À la prochaine !

 

Réfs :

D’abord Wikipedia pour une introduction et quelques maths : https://en.wikipedia.org/wiki/M%C3%B6bius_strip
Sur les applications des rubans de Möbius http://www.daviddarling.info/encyclopedia/M/Mobius_band.html
Musique : Rita’s tune par Pepe Frias

Sons :

Quel message voulez-vous envoyer aux extraterrestres ? LMB #15

Et pour ceux qui préfèrent le texte :

Le milliardaire russe Yuri Milner a récemment décidé de mettre 100 millions de dollars sur la table pour créer un nouveau programme de recherche de signes de vie extraterrestre. Ça en fait un des plus grands programmes de recherche jamais lancé, et il utilisera les plus grands télescopes qu’on a sur Terre capables de détecter des signaux bien plus faibles que tout ce qu’on a détecté jusqu’à présent. Malgré ça, les astronomes n’estiment pas nos chances de succès à plus de 3 ou 4% grand max, mais c’est quand même des milliers de fois plus probable que de gagner au loto, et ce serait une des découvertes scientifiques les plus grandes de tous les temps, alors pourquoi ne pas s’y préparer ? Si on venait à découvrir une civilisation extraterrestre dans les années qui viennent, quel message lui enverriez-vous ?

Pendant que vous réfléchissez, je vous raconte ce que les scientifiques aimeraient faire dans l’idéal. Si un signal extraterrestre était détecté, il serait d’abord transmis à différentes organisations internationales comme l’ONU. La fréquence où aura été détecté le signal sera protégée afin qu’aucun signal ne soit renvoyé sans qu’on ait trouvé un accord international. Et il faudra se demander en premier lieu s’il faut envoyer une réponse ! Après tout, on n’est jamais sûrs de qui se trouve à l’autre bout du fil. A-t-on envie de signaler notre existence dans l’Univers à n’importe qui ? Sommes-nous si sûrs de notre technologie pour qu’on soit certains de pouvoir se défendre en cas de menace ? Évidemment, tout ça dépendra aussi du contenu du message capté : si le message est une déclaration de guerre à l’humanité on ne réagira pas pareil que s’il s’agit d’un selfie alien.

À supposer qu’on capte un signe de vie qui ne soit pas un message qui nous est directement destiné, il faudra se demander dans quelle langue écrire notre message. Perso j’aurais bien tenté le breton ou le chtimi, mais les scientifiques ne sont pas d’accord. Le plus sûr selon eux serait de commencer par écrire en langage mathématique, par exemple en envoyant une liste de nombre premiers, pour s’assurer qu’on se comprend bien avant de passer à des messages plus élaborés comme des images codées en nombres binaires. Ou alors, on pourrait envoyer directement des images mais des pas très compliquées, en espérant que ceux qui les reçoivent aient des yeux.

D’ailleurs, envoyer des images, c’est ce qu’on a déjà fait dans le passé. Sans même avoir détecté de signes de vie, on a déjà envoyé dans l’espace des messages au ptit bonheur la chance. En 1977 par exemple, on a attaché sur les sondes Voyager un petit disque en cuivre recouvert d’or, destiné à d’éventuels extraterrestres. Il contient des images et des sons représentant la diversité de la vie et de la culture sur Terre. Imaginez que vous soyez un extraterrestre habitant la constellation de la girafe, où la sonde Voyager devrait passer dans à peu près 40 000 ans. Vous montez dans votre deux chevaux de l’espace pour aller récupérer la sonde, vous faites sauter le disque en or sur ses côtés et vous le mettez dans un vieux lecteur des années 70 déniché sur eBay. Et voilà les toutes premières images et les tous premiers sons que vous pourrez découvrir de la Terre et de ses curieux habitants.

Il faut avouer que les chances pour que ces messages soient lus sont assez minces, parce qu’ils ont été envoyés au hasard. On les qualifie souvent d’ailleurs de bouteilles à la mer interstellaires. Par contre, si on arrivait à capter un message extraterrestre et à renvoyer une réponse dans la bonne direction et à la bonne fréquence, les chances pour que notre message soit lu seraient beaucoup plus grandes. Alors vous avez fini de réfléchir ? Quel message aimeriez-vous envoyer aux extraterrestres ? Si vous avez besoin d’une motivation supplémentaire, sachez que notre milliardaire russe a également lancé un concours ouvert à tous pour créer un message destiné aux extraterrestres, un message qui serait à la fois bien représentatif de l’humanité et facilement compréhensible par une intelligence non humaine. Et pour ne rien gâcher, un million de dollars de prix est à la clé.

Sources :

L’initiative du milliardaire, Breakthrough Listen : https://en.wikipedia.org/wiki/Breakthrough_Listen
Sur les chances de réussite d’un tel projet : interview de Martin Rees, magazine Genius Science numéro 1, page 34.
Le protocole à suivre au cas où on détecte un signal extraterrestre (élaboré par le SETI mais ratifié officiellement par aucun gouvernement) : http://www.seti.org/post-detection.html
Les sons et images envoyés sur les sondes Voyager : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyager_Golden_Record
Le concours organisée par Yuri Milner : https://breakthroughinitiatives.org/Initiative/2

Les trous noirs expliqués par un enfant – LMB #14

Et pour ceux qui préfèrent le texte :

Tout le monde connaît les planètes, les étoiles, et les comètes. Mais il existe aussi un autre type d’astre moins connu qu’on appelle les trous noirs. Les trous noirs sont des astres qui attirent tout ce qui passe trop près d’eux, même des grosses étoiles, sans qu’il soit possible de leur échapper.

Pour bien comprendre ce qu’est un trou noir, on peut imaginer qu’on est sur la Terre, et qu’on jette un caillou en l’air. Le caillou va monter et puis nous retomber dessus, parce que la Terre l’attire, à cause de ce qu’on appelle la pesanteur. Il n’y a pas que la Terre qui attire les objets d’ailleurs, tout astre qui a une masse attire les objets. En fait, plus un astre est massif, plus il attire fort. C’est pour ça que les astronautes arrivent à faire des grands bonds sur la Lune : comme la lune est moins massive que la Terre, elle a une attraction moins forte et les astronautes retombent moins vite.

Imaginons maintenant que l’on soit sur la Terre et que l’on souhaite faire sortir le caillou dans l’espace. Pour ça, on est obligé de le jeter très très fort, sinon il va nous retomber dessus. En fait, seul Obélix serait capable de le jeter assez fort : les scientifiques ont calculé qu’il faudrait jeter un caillou à 40 000 km/h pour qu’il s’échappe de la Terre. C’est 100 fois plus rapide qu’une Formule 1. Et cette vitesse est valable pour la Terre, mais il existe des astres encore plus massifs que la Terre dans l’univers. Et donc on pourrait se demander : est-ce qu’il existe quelque part dans l’univers un astre tellement massif qu’aucun objet ne peut s’en échapper ? Un astre tellement massif que même la lumière, qui est la chose qui va le plus vite dans tout l’univers, ne peut s’en échapper ? Et bien la réponse est oui, et ces astres sont les trous noirs. À plusieurs endroits dans l’univers se trouvent des astres tellement massifs qu’ils attirent tout ce qui se trouve trop près d’eux. Même la lumière n’arrive pas à s’en échapper.

Mais si la lumière ne peut pas s’en échapper, ça veut dire qu’on ne peut pas les observer directement, alors comment on sait que les trous noirs existent ? On le sait parce qu’on a observé des étoiles qui étaient en orbite autour de… rien du tout. C’est à dire qu’elles tournaient autour de rien de visible, mais elles allaient tellement vite que c’était obligé qu’elles soient en train de tourner autour de quelque chose qui soit tout petit mais aussi extrêmement lourd… un trou noir ! En plus de ça, la matière qui tombe dans les trous noirs chauffe énormémement et ça émet des rayonnements que les scientifiques peuvent étudier sur Terre.

Et puis vous vous demandez sûrement ce qu’il y a dans un trou noir, peut-être que ça ressemble à une grosse poubelle. La vérité c’est qu’on n’en sait rien. Bah oui, tout ce qui entre dans un trou noir ne peut pas en sortir, donc même si on arrivait à y envoyer un satellite ou un être humain, il ne serait pas capable de nous envoyer un message. En fait, c’est un peu comme si l’intérieur d’un trou noir n’existait pas, même si on aimerait beaucoup savoir, et même si beaucoup de gens ont fait des théories pour essayer de comprendre.

Les trous noirs ont encore plein de choses à nous apprendre. On a par exemple découvert il y a pas trop longtemps que les trous noirs ne faisaient pas qu’absorber de la matière mais qu’ils en éjectaient aussi pas mal. Les enfants qui voudraient devenir chercheurs pour étudier les trous noirs peuvent donc se rassurer, il y a encore du travail. Si vous êtes vieux, vous avez moins de chance que moi d’avoir tout compris un jour sur les trous noirs.

Sources :

Comme c’est un sujet classique, je donne des liens vers des sources vulgarisées et pas des sources primaires :
Un super article (sur un super site) qui est en premier lieu destiné aux enfants mais marche aussi très bien avec les adultes si vous n’y connaissez pas grand-chose en trou noir : http://kidiscience.cafe-sciences.org/articles/tout-savoir-sur-les-trous-noirs/
La vidéo de Science étonnante sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=TdnER8AeIdw
La vidéo du Sense of Wonder : https://www.youtube.com/watch?v=fpnuXzf9s04
La vidéo de Passe-Science : https://www.youtube.com/watch?v=c-lHAxukCHk
Des articles d’un blogueur passionné pour approfondir le sujet : http://www.drgoulu.com/tag/trou-noir/